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« Cette terre, c’est notre sang » : au Pays basque, paysans et citoyens tentent de résister à la spéculation

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par Victorine Alisse

Jardins ouvriers au Nord de Paris, zones naturelles le long de l’estuaire de la Loire... partout des « zones à défendre » s’organisent. Au Pays basque, c’est la spéculation qui menace plusieurs hectares de terres agricoles.

« Ama lura Zaindu », « Protéger la terre mère » en langue basque. Cette bannière est installée à l’entrée du chemin qui mène à l’occupation. À Arbonne, près de Biarritz, depuis le 23 juin 2021, des paysans et citoyens occupent une maison et une partie des 15 hectares de terres cultivables. Celles-ci ont été vendues pour 3,2 millions d’euros à une personne qui n’y a aucun projet agricole. Pour ces militants, cette situation témoigne de la spéculation financière bien trop récurrente au Pays basque. « On ne peut plus loger nos enfants et avoir une alimentation saine et locale car il n’y a plus de terres pour les paysans », dit une militante.

©Victorine Alisse/Collectif Hors Format

« Je viens du Sud-Est, dans l’arrière-pays niçois, et quand je rentre chez moi, je ne reconnais plus l’endroit où j’ai grandi. Le village est devenu dortoir. Tout a été bétonné et vendu pour le tourisme. Quand je suis arrivée au Pays basque, j’ai vu un endroit qui n’en était pas au même stade et où je suis en capacité d’agir avant qu’il ne se passe la même chose » que sur la Côte d’Azur, explique Sabrina, habitante de Bayonne.

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La zone occupée est devenue un lieu de vie pour les habitants du coin, contrastant avec le calme de certains villages du Pays basque principalement occupés par des résidences secondaires.

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Isabel, fait partie de la gestion de Lurzaindia, une structure qui rachète les terres pour qu’elles conservent leurs vocations nourricières en les louant à des paysans. « La reconquête de la terre alimentaire, c’est un défi. Quand on est ici, on apprend à être acteur de ce projet. »

©Victorine Alisse/Collectif Hors Format
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Martin, paysan et membre du syndicat agricole ELB (branche basque de la Confédération paysanne) et de l’association Lurzaindia (pour la protection du foncier agricole), est impliqué depuis le début de l’occupation. Sur un planning, chaque personne indique sa présence sur le lieu de manière à assurer une occupation continue. « L’association Lurzaindia m’a aidé à avoir accès à la terre. Comme j’ai pu bénéficié de cette chance, j’aimerais que d’autres puissent en profiter », explique Martin.

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« Nous sommes ici pour sauver la terre nourricière, c’est la terre dont nous avons tous besoin pour vivre. Nous nous opposons à toute spéculation immobilière sur les terres agricoles. On donne la vie en gardant la terre. Cette terre, c’est notre sang », défend aussi Paulette, basque et habitante de Biarritz.

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Un collectif de citoyen s’est créé afin de soutenir les actions du syndicat agricole et de Lurzaindia. Chaque lundi soir, une réunion ouverte est proposée pour définir le planning de la semaine et organiser la suite des actions.

Déjà, la mobilisation a poussé la Safer du département, la société d’aménagement foncier et d’établissement rural, à proposer à la propriétaire de racheter une partie du terrain, soit 12 hectares, à un prix diminué, de l’ordre de 100 000 euros, pour ne pas encourager la spéculation. Ces terrains permettraient d’installer de nouveaux paysans à titre principal. « On attend la réponse du propriétaire quant à cette proposition », précise Isabel.

Victorine Alisse / Collectif Hors Format

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